Vers l’a-sexuation (1) (2026)

Vers l’a-sexuation (1) (2026)

Vers l’a-sexuation (1)

 

Publié sur internet, février 2026.

𝐈𝐍𝐓𝐄𝐑𝐕𝐈𝐄𝐖 𝐃’𝐔𝐍 𝐀𝐔𝐓𝐑𝐄 𝐆𝐄𝐍𝐑𝐄

𝘌𝘯 𝘢𝘵𝘵𝘦𝘯𝘥𝘢𝘯𝘵 𝘭𝘢 𝘴𝘰𝘳𝘵𝘪𝘦 𝘥𝘶 𝘭𝘪𝘷𝘳𝘦 𝐃𝐮 𝐠𝐞𝐧𝐫𝐞 𝐚̀ 𝒍’𝘢-𝐬𝐞𝐱𝐮𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧, 𝘧𝘪𝘯 𝘧𝘦́𝘷𝘳𝘪𝘦𝘳 𝟸𝟶𝟸𝟼, 𝘷𝘰𝘪𝘤𝘪 𝘶𝘯 𝘦𝘯𝘵𝘳𝘦𝘵𝘪𝘦𝘯 (𝘪𝘮𝘢𝘨𝘪𝘯𝘦́) 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘭’𝘢𝘶𝘵𝘦𝘶𝘳, 𝘱𝘳𝘰𝘱𝘰𝘴 𝘳𝘦𝘤𝘶𝘦𝘪𝘭𝘭𝘪𝘴 𝘱𝘢𝘳 𝘭’𝘈𝘶𝘵𝘳𝘦. 𝘋’𝘢𝘶𝘵𝘳𝘦𝘴 𝘴𝘶𝘪𝘷𝘳𝘰𝘯𝘵, 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘭𝘦 𝘎𝘦𝘯𝘳𝘦, 𝘭𝘦 𝘗𝘩𝘢𝘭𝘭𝘶𝘴 𝘦𝘵 𝘭𝘦 𝘗𝘴𝘺𝘤𝘩𝘢𝘯𝘢𝘭𝘺𝘴𝘵𝘦.

𝐋’𝐀𝐮𝐭𝐫𝐞
Votre livre 𝐃𝐮 𝐠𝐞𝐧𝐫𝐞 𝐚̀ 𝒍’𝘢-𝐬𝐞𝐱𝐮𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 va susciter des réactions contrastées. Certains y verront une extension nécessaire de la psychanalyse, d’autres une mise en danger de ses fondements. Contre quoi écrivez-vous exactement ?

𝐋’𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫
Je n’écris pas contre la psychanalyse, mais depuis un point où elle résiste à ce qu’elle entend pourtant dans sa clinique contemporaine. J’écris à partir d’un décalage : entre des subjectivations sexuelles qui se transforment profondément, et des cadres théoriques qui, parfois, se défendent plus qu’ils ne s’ajustent. Ce décalage est devenu productif — et impossible à ignorer.

𝐋’𝐀𝐮𝐭𝐫𝐞
Vous revenez sur des piliers réputés intouchables : le roc biologique (« le biologique faisant roc »), la castration, la sexuation. Certains vous reprochent de relativiser des acquis fondamentaux.

𝐋’𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫
Je ne relativise pas, je déplace. Le « roc » n’a jamais été, chez Freud, une fin de non-recevoir. Il parlait d’un facteur, c’est-à-dire d’un point de butée avec lequel le sujet entretient un rapport modifiable. Ce sont certains usages postérieurs qui ont transformé cette butée en dogme terminal, malgré les propositions de Lacan — y compris chez les lacanien·nes. Une psychanalyse qui cesse de se laisser déplacer par son expérience devient une théorie de conservation, domestiquée pour l’enseignement.

𝐋’𝐀𝐮𝐭𝐫𝐞
L’un des points les plus surprenants est votre proposition : « l’inconscient n’est pas bisexuel, iel est la bisexualité ». Pourquoi ce choix, y compris grammatical ?

𝐋’𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫
Parce que dire bisexuel suppose encore une économie du deux, une stabilisation. Or l’inconscient ne se situe pas dans des positions, mais dans des circulations. Iel ne renvoie pas à une identité inclusive, mais à l’impossibilité de rabattre l’inconscient sur une logique sexuée assignable. Ce déplacement grammatical signale un déplacement conceptuel : l’inconscient n’additionne pas des sexes, il travaille la différence comme telle.
Aussi parce que le milieu psychanalytique se montre plus que réticent devant l’évolution de la graphie inclusive, que le Conseil d’État reconnaît pourtant appartenir à la langue française, contre l’avis de l’Académie française. La plupart des éditeurs, par exemple, la refusent, où ils trahissent l’idéologie de leur projet littéraire, attestant d’un conservatisme académique lourdaud ou d’une frayeur à voir relancé le Phallus, et avec lui l’élaboration théorique remise en jeu.

𝐋’𝐀𝐮𝐭𝐫𝐞
Vous affirmez également que l’orientation sexuelle « n’a pas de sens » pour la psychanalyse. N’est-ce pas une position provocatrice, voire désengagée politiquement ?

𝐋’𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫
Elle est provocatrice, oui, mais pas désengagée. L’orientation sexuelle a une importance sociale, politique, parfois vitale pour les sujets. Mais elle n’a pas de valeur explicative dans la logique de l’inconscient. Le désir ne s’oriente pas, il insiste, il se déplace, il se répète de sa cause. En faire une clé de lecture psychique, c’est psychologiser le sexuel et lui imposer une cohérence qu’il n’a pas.

𝐋’𝐀𝐮𝐭𝐫𝐞
À qui s’adresse alors ce livre ?

𝐋’𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫
À celles et ceux qui acceptent de travailler par lecture sans chercher immédiatement à classer, valider ou invalider, ni même comprendre.
À celles et ceux pour qui la psychanalyse reste une expérience risquée de pensée.
Aux psychanalystes, en tant qu’iel·les constituent cette minorité sexuelle en voie de marginalisation.